A. Badiou, Cinéma, Nova éditions, 2010.

Pour Alain Badiou le cinéma est une formation, un art de vivre et une pensée. Il a écrit son rapport au cinéma en une trentaine de textes, de la fin des années 1950 à aujourd’hui, qui en offrent une vision et une interprétation. Rassemblés et présentés par Antoine de Baecque, ces textes proposent un parcours varié dans les films de ces cinquante dernières années, des cinéastes de la modernité (Tati, Oliveira, Antonioni, Godard) à certaines oeuvres de l’Amérique contemporaine (Matrix, Magnolia, Un monde parfait), en passant par des expériences singulières (Guy Debord, le cinéma de mai 68, etc.).

Les films pensent et c’est au philosophe de les voir et de transcrire cette pensée : de quel sujet un film est-il la mise en forme ? Voici la question où s’origine la réflexion cinématographique d’Alain Badiou. De ces textes, quelques idées spécifiques se dégagent : le cinéma est l’art qui rend justice à la figure humaine inscrite dans le monde ; le cinéma est vu dans une connexion subjugante avec les autres arts ; le cinéma est un voyage imaginaire et une pensée de l’autre.

Le philosophe développe également l’idée du cinéma comme "producteur d’une vérité du contemporain", et du film comme une "configuration sensible de la vérité du monde". Le cinéma apparaît enfin comme un art impur qui vampirise son temps, les autres arts, les personnes, un art majeur en ce qu’il est précisément le lieu de l’indiscernabilité entre l’art et le non-art, ce qui en fait, explique-t-il, l’art social et politique par excellence, le meilleur marqueur d’une civilisation, comme le furent, en leur temps, la tragédie grecque ou le roman picaresque.